REQUIN CHAGRIN

C'est une prof de français qui intervient auprès d'une classe de 3ème professionnelle. Elle raconte des histoires pour faire corps avec ses élèves. Dans sa classe, Mamadou, un ado de 15 ans, joue au caïd dans la classe. Il joue pour exister, pour se faire une place. Un jour, en entrant dans la classe, il parle d’un flingue qu'il garde chez lui. Mamadou se vante pour impressionner les autres mais la prof l'entend et décide d'intervenir...

Spectacle Mardi 31 janvier › Jeudi 02 février 2023
Spectacle Mardi 31 janvier › Jeudi 02 février 2023

REQUIN CHAGRIN

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"Quand on est désiré nulle part, on choisit pas où on va."

C'est une prof de français qui intervient auprès d'une classe de 3ème professionnelle en Métallerie-Chaudronnerie. Elle raconte des histoires pour faire corps avec ses élèves, pour souder leurs émotions au plus près des épreuves qu’ils traversent.

Dans sa classe, Mamadou, un ado de 15 ans, attire son attention.

Chaque matin, elle l'entend arriver de loin, agrippé comme un petit avec son doudou, à la sacoche qui protège son téléphone portable.

Mamadou joue au caïd dans la classe. Il joue pour exister, pour se faire une place.

Un jour, en entrant dans la classe, il parle d’un flingue qu'il garde chez lui. Mamadou se vante pour impressionner les autres, mais la prof l'entend et décide d'intervenir.

Elle veut ouvrir une fenêtre à ces jeunes et décide de monter un projet, bulle d'oxygène, pour les extraire quelques jours de leur quotidien. Ils vont partir tous ensemble à Marseille voir la mer !

Marcher dans la ville, sentir le sable, se laisser bercer par les vagues et se défaire de sa peau de requin.

Mais un requin ne peut pas nager à reculons...

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Écriture et mise en scène : Clara Guenoun
Produit par La Cie Des Gens qui Content

La note d’intention de Clara Guenoun

En 2018, j’ai appris la mort par balle d’un jeune, ancien élève que j’avais suivi en 3ème métallerie chaudronnerie : une rixe entre deux bandes de quartier rivales.

Là est née la nécessité, l’urgence de raconter.

Requin-Chagrin, écrit à partir d’un récit autobiographique, nous parle d’aujourd’hui, d’une société qui a peur des requins comme des adolescents et ne prend pas en compte les difficultés de la jeunesse : quel modèle d’adultes at-elle ? Que fait notre société pour que ses jeunes -ses forces vives-, puissent expérimenter des projets forts sans que leur vie soit mise en danger ? Quels lieux alternatifs à l’errance pourrions-nous imaginer pour que les plus relégués puissent quitter un temps au moins leur cage d’escalier, leur hall d’immeuble, leur aire quotidienne ?

Ce spectacle rend hommage à tous ces adolescents, élèves de SEGPA ou d’EREA sortis du système traditionnel, jeunes hommes en colère contre l’injustice, et que j’ai côtoyés tous les jours pendant des années.

La question de l’adolescence m’a toujours passionnée, ce mélange du tout-petit et du tout-puissant... Cette prise de risque, cette violence dont certains sont capables sur leur territoire et, en même temps, cette peur qui les habite dès qu’ils sont loin de chez eux, me touchent.

Requin-Chagrin veut rendre aussi hommage aux enseignants, aux éducateurs qui essayent de faire autrement, qui prennent l’élève, le jeune, l’adolescent dans sa globalité, avec son histoire passée, son présent, ses peurs, ses rêves de futurs, ses forces et ses fragilités.

Ce spectacle, malgré la mort tragique de son héros, Mamadou, est une traversée pour ses camarades et leur enseignante. Une traversée qui rend plus fort et qui permet à ceux qui restent en vie de mettre des mots sur les maux.