Presque Parfait

Regards sur Frontière(s)
Frontière(s) MPAA/Saint-Blaise
Actualité

Il est vain d’écrire au plus-que-parfait ce qui « aurait dû » être et ce pour quoi nous « aurions pu » nous dire bravo et merci. Je choisis donc le presque-parfait pour vous témoigner toute ma gratitude et, au nom de toute l’équipe de la MPAA, vous dire à quel point votre engagement et votre présence à Saint-Blaise ce samedi 26 septembre nous ont touché·e·s et soutenu·e·s.

Le presque-parfait est un temps qui n’existe pas.

C’est donc celui qui convient pour dire ce qui n’a pas eu lieu, mais qui nous manque quand même, parce que l’imaginaire, les rencontres, le travail, l’épreuve, le dialogue, la contrainte, le challenge, les fous-rires, les peurs, les excitations, la création le font exister.  

Le presque-parfait s’écrit au présent car ce qui n’a pas eu lieu n’a plus de temps pour être.

« Frontière(s) » est un de ces projets qui nécessite l’alignement des planètes : l’idée et l’envie, l’énergie collective, l’appropriation, le temps pour le faire, le lien et l’ouverture, et le lieu des convergences.

C’est ce lieu du commun qui nous a été confisqué, l’expression dans l’espace public qui est restée interdite. La « Grande Tablée » est restée vide et silencieuse quand nos corps, nos voix, nos envies, nos mots ne désiraient que s’exprimer.  

Suppression arbitraire devant la peur du risque et de l’inconnu, dans l’ignorance que la culture peut faire devenir conscient·e et responsable.

Quand Pier Lamandé et moi avons affirmé ensemble, dès les premiers jours du confinement, que le 26 septembre il se passerait quelque chose, que nous ne savions pas quoi, que nous prenions le risque de maintenir un événement artistique fédérateur, nous avons affirmé de la confiance en l’autre.

Confiance aux artistes qui sauraient adapter leurs projets, leurs directions, aux contraintes sanitaires ; confiance aux participant·e·s qui sauraient juger de leur envie et de la mesure de leur capacité à reprendre ou démarrer un atelier en respect des gestes barrière ; confiance aux partenaires qui sauraient prendre part, agir dans l’espace public pour saluer, valoriser, sublimer leurs actions, leur présence dans le 20ème arrondissement ; confiance aux autorités enfin qui sauraient alerter en temps et en heure sur une incompatibilité de la réalisation avec les mesures en cours.

Toute l’énergie humaine a été mobilisée avec finesse et bienveillance. Mais le couperet arbitraire est tombé, illustrant un processus global qui repose sur la présomption de l’ignorance et de l’incapacité de notre secteur, et plus généralement de l’irresponsabilité des citoyen·ne·s.  Le presque-parfait est le temps présent, où le monde se définit moins par la force de ce qui a été que par la crainte de ce qu’il devient.

Dans cette avancée vers toujours plus d’absurde, il m’importe de partager ce ressenti avec vous, de vous dire que la richesse de la participation est une force inspirante et qu’elle n’est pas près de s’éteindre.

Ce que nous avons vécu le 26 septembre (d’aucuns diront une « annulation réussie ») témoigne de cette force collective, créative, essentielle. Merci pour cela.